jeudi 14 mai 2009

retour sur la poitevinière

Pêcheurs de carpes, pêcheurs de rêve.... Nous avons chacun une philosophie de pêche différente: les uns préfèrent le spécimen hunting, d'autres pêchent exclusivement sur le public, d'autres le privé ou encore certains fréquentent les enduros. Mais aussi différents que nous sommes, nous avons tous et sans exception un point commun: nous sommes des chasseurs de souvenirs. Le souvenir d'une pêche mémorable ou les records sont tombés, les pêches galères ou s'accumulent sans comprendre les emmerdes, les parties de pêche entre amis ou une pêche très difficile ou la stratégie mise en place fonctionne à merveille.....
Aujourd'hui encore, une session m'a marquée considérablement.


Mi-novembre 2006, j'ai un week end pêche de prévu mais hésite quant à la destination. Depuis plusieurs temps, je me tâte d'aller affronter un magnifique plan d'eau du grand ouest, le site de la Poitevinière. A cette époque, le plan d'eau était géré par et pour les Holandais, les postes intéressants devant être absolument réserver 6 mois à l'avance et pour une semaine . Pour les pêcheurs locaux, seuls trois postes sur 28 (et non les meilleurs) étaient disponibles sans réservation pour un week-end.



Hésitant, je tente d'appeler dans le pays du Gouda pour réserver un autre poste plus intéressant. Coup de bol, le site organise un enduro pour une grosse team Holandaise qui s'arrête le samedi matin. Ayant réservés jusqu'au samedi, le lac est deserté cette nuit là. Je décide donc de prendre mon lundi et réserve le poste 26 au plus prêt de la réserve. J'arrive le samedi midi et je me retrouve alors seul sur le plan d'eau pour la nuit; inimaginable quand on connait la fréquentation du lieu. Les Holandais ont quitté les lieux en bennant tout le reste des appâts dans le lac afin d'alléger leur véhicule pour le retour je pense (lol), la pêche va rester tout de même très hasardeuse. Je pense alors que les poissons se sont réfugiés dans la réserve pour être plus tranquilles. Le poste se situe donc sur la rive du château, sur une avancée et donne directement sur la réserve. A l'arrivée, je suis surpris par la concentration d'oiseaux sur le lac: canards, foulques,poules d'eau, grêbes ou encore mouettes.


Sans une minute à perdre, j'expédie rapidement l'installation du campement malgré un emplacement trois étoiles et me concentre sur ma pêche. Je pêcherai uniquement en direction de la réserve, le plus éloigné possible du poste. Pour cela j'utilise des waders et n'hésite pas à avancer sur une cinquantaine de mètres dans l'eau pour approche rau plus prêt de la réserve. Chaque montage est eschée d'une bouillette fusion Mainline, le must à l'époque pour faire la différence sur les plans d'eau surpêchés. L'amorçage est beaucoup plus compliqué: la concentration d'oiseaux que j'admirai un instant, se jette habilement sur chaque bouillette qui ont à peine le temps de toucher l'eau sans être becquetée. Se déroule alors un combat inutile où caché derrière les fourrés, j'essaie de déposer quelques appâts de plus. Au bout de trois lancés, les mouettes sont déjà sur le coup. Impressionant.

La soirée tombe et les mouettes jettent leur dévolu sur une autre partie du lac. Je peux maintenant amorcé tranquillement. En tout cas c'est ce que je croie car maintenant près d'une cinquantaine de poules d'eau et foulques se mettent à plonger et piquer les appâts juste frais. J'obtiens même quelques touches d'oiseau qui déplacent la bouillette eschée. Enfin ces indésirables se calment et je peux enfin profiter de la nuit calme. Même trop calme d'ailleurs car les détecteurs resteront muets toute la nuit. La journée du dimanche est largement ensoleillé et une séance de bronzage est improvisée sur le ponton. La pêche se fait rarement de journée et je décide de me faire oublier et laisser les lignes en place jusqu'à la tombée de la nuit pour éviter d'attirer les oiseaux. En soirée, le ciel se découvre et j'assiste au coucher de soleil le plus magique de ma jeune existence. Le ciel, d'un rouge vivifiant jette son ombre sur l'étendue d'eau et à ce moment là , je vous jure qu'on ne pense plus à la pêche: simplement de profiter de ce moment magique. Hélas, ce coucher est éphémère et laisse maintenant place à la nuit noire. La discrétion de la journée paye et les oiseaux sont partis explorer le reste des 80 hectares qu'offre
la Poitevinière.


Je relance donc les cannes et amorce plus copieusement chaque montage. La douceur de la nuit m'emporte rapidement quand un détecteur sonne sans intérruption. Il est minuit, j'enfile en deux secondes mes waders, sprinte comme jamais pour atteindre les 30 m qui me séparent de la canne, jette l'épuisette à l'eau, empoigne la canne et ferre. Le poisson est au bout. Je descend et décide de combattre dans l'eau. Je prend le temps de fatiguer le poisson car le poste n'est pas du tout encombré: un pente douce et régulière de sable et vase. Quelques minutes de plus et enfin le poisson rentre dans l'épuisette. Une belle miroire d'une douzaine de kilos à la robe sombre se retrouve dans le sac de conservation pour attendre son heure de gloire le lendemain matin. Je relance la canne, réamorce mais le reste de la nuit sera des plus calmes. Au petit matin, c'est avec grande surprise que je retrouve la ligne complètement déplacée en proximité de la berge. Un départ s'est produit sans aucune tirée et sans la moindre détection du matériel. Navrant... .
J'immortalise ma vaillante et il est temps pour moi de rentrer car je travaille l'après midi.


Par la pêche, nous cherchons à créer des souvenirs mémorables. Cette session là est pour moi inoubliable, non par la pêche en elle même, mais pour l'ambiance et le don que la nature a pu m'offrir ce soir de novembre par ce coucher de soleil unique alors que j'étais le seul à pouvoir en profiter cette soirée là. Magique....

dimanche 8 février 2009

frustration d'une pêche réussie

Début septembre, l'été a été plus que maussade en Vendée sans une seule journée sans passage dépressif. Côté pêche, nous sommes plus ou moins en standby avec quelques soirées et poissons pêchés au bord du barrage de Moulin Papon. Il est grand temps pour nous de reprendre le large et de vivre pendant plusieurs jours pleinement notre passion. Nous décidons donc de pêcher quatre jours sur un lac privé du centre de la France. Cela faisait trois mois que nous avions réservé le poste et deux semaines ou tous les soirs nous nous consacrions à sa préparation.


Mercredi, j'arrive sur les lieux vers 13h30 quand le propriétaire nous apprend qu'il y a une erreur dans la réservation et qu'il faudra attendre maintenant le lendemain pour que le poste soit libéré. Première frustration, autant de kilomètres et d'impatience pour perdre une journée de pêche. Le propriétaire sympathique nous permet tout de même de pêcher sur un étang plus petit, d'une dizaine d'hectares qui occupe une population de carpes plus conséquente mais avec une moyenne beaucoup plus petite. Au plein cœur d'une forêt constitué de bruyères, pins et chênes verts, le spot proposé nous permet une immersion parfaite dans la nature. De plus dès mon arrivée, plusieurs sauts successifs de carpes remplacent peu à peu la rancœur de l'arrivée par l'envie et la motivation de découvrir ce plan d'eau sauvage et son cheptel. L'étang très vaseux dont la profondeur ne dépasse pas le mètre est difficile à cerner. Entouré de pins, le fond accumule de petites branches et rend les combats incertains. Sans bateau, il est impossible d'amener le poissons à l'épuisette sans s'accrocher. L'arrivée de Matthieu un peu plus tard nous permet de tendre les lignes avant 18h00. Nous décidons de pêcher les bordures dans la tourbe et proche des roselières qui entourent le lac, le bord de l'île, une bande dure près de la berge ainsi que le lit de la rivière. Cette première nuit, les deux derniers spots nous apportent tout de même six départs avec cinq poissons à la clefs entre 5 et 8 kgs. Nous découvrons aussi pour la première fois un concert fort bruyant mais si majestueux, celui du brâme du cerf. C'est tout simplement magique voir effrayant d'entendre leur chant ou plutôt leur rugissement et cette émotion est multipliée par dix quand ceux ci s'approchent du bivie.


Jeudi 12h00, nous quittons l'étang pour occuper le poste tant attendu. Se situant au milieu d'un étang de 55ha, ce poste difficile selon les habitués est assez large avec une pêche à réaliser à près de 200 m . Enclavé entre 3 postes, les poissons sont éloignés des zones de repos et sont donc uniquement de passage. il faut donc être très discret dans la manière de tendre les lignes et d'amorcer. Ici, les gros amorçages effraient les poissons; un amorçage en assiette ou en single bait est recommandée.
Les pêcheurs en place sur le poste depuis quatre jours achèvent notre optimiste: après avoir tout essayé, ils n'ont réussi à sortir qu'un poisson lors de leur séjour. Ça ne va pas être facile.
Confiant tout de même, nous élaborons une stratégie découverte pour connaitre les types de spots, de profondeurs, et d'appâts que les carpes cherchent à cette période. Pêcher quatre jours de suite permet lorsque nous découvrons un nouveau lieu d'essayer durant les deux premiers jours plusieurs stratégies puis d'optimiser les deux derniers jours la pêche suivant les expériences vécues. Malheureusement, il nous reste seulement que trois jours de pêche. Nous pêchons avec deux sortes de bouillettes: une à base d'un mix maison très riche et huilé avec arôme et huile de saumon et la deuxième sur un mix Big Carp à base de foie. Nous partageons les bouillettes équitablement sur six cannes laissant les deux dernières eschées de tiger nuts équilibrées. La première canne est lancée à vingt mètres du bord eschée d'une bouillette maison très carnée. Deux cannes sont posées dans le lit de la rivière. Trois lignes sont déposées ensuite sur la bordure opposée et les deux dernières sur une route noyée à deux cent mètres du bord.
Nous amorçons donc très peu avec du chènevis, des noix tigrées et bouillettes broyées.


18h30. Départ timide sur une des cannes placée sur la route noyée à 70 cm de fond sur un amorçage à base de noix tigrées broyées. Nous prenons le bateau pour arriver sur la zone de combat. Au contact, le poisson décroche. L'hameçon s'est ouvert. Nous changeons le bas de ligne et retendons précisément au même endroit.
1h00, un détecteur à Matthieu arrête notre somnolence. Le départ s'est effectué sur le spot situé le plus à droite dans le lit. Avant de se rendre, le poisson offre un combat explosif malgré ses 12 kgs.
4h00 c'est maintenant un de mes détecteurs qui sonnent à tue-tête. Je prend contact avec le poisson et décide de combattre du bord. La belle rentre sans difficulté dans l'épuisette et c'est avec surprise que nous observons une commune dans les mailles du filet. Elle accuse 13.8 kgs. Pêcher une commune de cette taille n'est pas fréquent sur ce plan d'eau ou les miroires dominent considérablement. La fin de la nuit reste calme.


Vendredi matin, nous retirons les cannes: sur huit cannes posées seulement 2 restent pêchables au petit matin. Les écrevisses sont très agressives et nous obligent à gainer les appâts les plus fragiles. Une fois les lignes tendues, nous profitons d'aller se doucher pour faire le tour des postes. La nuit a été plus calme que jamais pour nos voisins.
L'après midi, un détecteur émet quelques bips entrecoupés qui nous contraint de prendre le bateau pour aller voir ce qu'il y a au bout de la ligne. Un brochet à peine maillé vient d'attaquer une bouillette au saumon. Nous libérons la prise et profitons pour retendre la ligne. Un quart d'heure plus tard, un même départ se reproduit avec à la clef un brochet de 65 cms. Nous relâchons notre copain Esox qui au passage entailla mon doigt inférieur.
Pour cette deuxième nuit, nous changeons légèrement de stratégie en privilégiant les endroits les plus profonds, c'est à dire les abords du lit. Nous avons retenu aussi un spot dans les roselières avec 0.6 m de fond où plusieurs sauts de carpes nous ont interpellé tout le long de la journée. Et ça paye! Ce spot nous offre notre premier poisson de la nuit qui avoisine les 9 kgs. Dans la première partie de la nuit, nous sortons aussi deux autres petites carpes atteignant respectivement 3 et 8.6 kg. La deuxième partie de la nuit nous offre deux jolis poissons de 12 et 13.5 kg. Tous les poissons sont piqués sur le même spot dans le lit de la rivière avec la bouillette Big carp au foie.


Samedi matin, un léger vent du Sud Est s'est installé sur le lac. Matthieu est parti discuter avec un couple de retraités anglais fort sympathique, Richard et Sheila qui pêchent ensemble plus de trois mois en france.
Un départ se produit toujours sur le même spot. Je prend le bateau et pars combattre seul . A peine arrivé sur la zone, le moteur s'arrète, une cosse étant coupée nette. Le vent me pousse vers les roselières. La lutte est difficile. Le poisson ne se rend pas et les efforts que je donne à la rame pour éviter d'échouer me font monter le taux d'adrénaline. Enfin, après quelques minutes interminables, le poisson rentre dans l'épuisette. Il faut maintenant rentrer au poste avec la carpe entre les jambes et ramer à genou face au vent. je suis exténué physiquement mais heureux. Le poisson accuse les 12.5 kgs. Une demi heure plus tard, un nouveau départ s'enchaine le long de la route noyée à plus de 200 m de distance. Matthieu étant encore parti se doucher, j'hésite à réitérer une deuxième sortie en bateau aussi burlesque et décide de ramener le poisson du bord. Et là, la chance est plutôt de mon coté, car le poisson longe la berge opposée sans se prendre dans les lignes puis décide de faire un tout droit dans mon épuisette. Une fois Matthieu revenu, nous prenons en photo cette jolie miroire de 11.5 kg avant de la remettre dans son élément.


Vers 17h00 un binôme ch'ti vient d'arriver pour occuper le poste suivant durant plus d'une semaine. A peine la première canne posée, celle ci démarre et offre à ces veinards un poisson de 19 kg. Nous sommes jalousement démoralisés.
La dernière nuit est plus difficile, le bruit et l'amorçage lourd de nos nouveaux voisins ont effrayé nos pauvres cyprins. Vers 4h00, Matthieu sort la dernière carpe, une jolie miroire de 14.2 kg piquée sur le spot de la route noyée.

Dimanche, nous sommes à l'heure du départ et donc du bilan des trois nuits passées sur ce plan d'eau: Nous réalisons une pêche plus que correcte sur un poste difficile de ce plan d'eau. Malheureusement, le poids des prises n'est pas élevé: en effet, ce lac offre un cheptel constitué d'un poisson sur trois au dessus des quinze kilos. Nous avons sorti 10 poissons et pas un seul ne dépasse cette barre fatidique. Les voisins du Nord n'ont fait qu'un poisson mais un beau et le couple d'anglais ont aussi moins de départs à leur actif mais s'offrent trois beaux poissons dont une miroire de 23 kg.
Malgré la frustration de n'avoir pêché aucun gros poisson du lac, nous avons déjà hâte de retrouver cet aire de jeu qui pour nous est sûrement l'un des plus beaux sites privés de notre pays. Le rendez vous est pris pour l'année prochaine.

vendredi 28 novembre 2008

Nos rivières délaissées de Vendée

En visionnant une vidéo il y a quelques jours, j'ai rencontré un personnage hors du commun. Cet homme m'a fait réfléchir dans mon approche de la pêche et de la nature en général.
Ce passionné, Patrick Lamaison décrit son amour pour sa rivière l'Adour. Sa rivière est toute sa vie. Ce document est une leçon de vie, le personnage est touchant et possède une approche inaliénable de la pêche et de la nature qui l'entoure. Je ne vous en dis pas plus car je ne saurais pas le faire mieux que lui et vous laisse le découvrir: vous pourrez visionner ces deux documents sur Dailymotion:
"Mon amour, l'adour"
"Comme un poisson dans l'eau"
Parce que j'éprouve beaucoup de respect pour ce grand monsieur, je voudrais sans aucune prétention lui rendre hommage à travers cet article :


Dans ses yeux, on retrouve le respect et l'amour du poisson pêché

Nous avons tous à proximité de chez nous une petite rivière de petite à moyenne taille. Souvent inexploitée par les pêcheurs, elle l'est encore plus délaissée par les carpistes. Bien évidemment, j'en fais partie.

Notre département de la Vendée est reconnu en France pour sa richesse halieutique.
La première richesse piscicole vendéenne vient des nombreux lacs de barrage construits pour la distribution d'eau potable de 1960 à 2000. Pour la pêche de la carpe, Mervent, le Jaunay, Apremont, la Bultière, le Marillet, Rochereau, Moulin-Papon sont désormais des sites incontournables. Une autre particularité, la plupart des communes possèdent un ou plusieurs étangs gérés par l'association locale de pêche. Plus accessibles, ces petits étangs permettent à une seconde catégorie de pêcheurs souvent occasionnels de pouvoir pratiquer leur loisir à moindre coût. Pour la pêche de nos cyprins, il existe principalement trois privés qui se partagent le marché: la Tricherie, Le domaine de la Malonne et le parc Soubise. J'ai une petite préférence pour le dernier pour son cheptel et la beauté des lieux.


la Sèvre Nantaise

Enfin, la Vendée recèle de nombreuses rivières qui alimentent les lacs de barrage: la sèvre Niortaise, la Sèvre nantaise, la Vendée, leLay, la Vie.

La dernière citée est celle que je connais le mieux. La Vie se trouve dans l'ouest de la Vendée. Ce cours d'eau long de 62,2 km prend sa source aux environs de Belleville sur Vie et vient se jeter dans l'océan au niveau de St Gilles sur Vie. La partie qui nous intéresse se situe entre le barrage des vallées et le lac de barrage d'Apremont. D'une largeur moyenne de dix à vingt mètres, le débit est assez faible permettant une pêche aisée en dehors des période de crue. Cette rivière devient d'année en année de plus en plus encombrée, les tempêtes successives laissant derrière elles d'innombrables branches et arbres entiers s'accaparer du lit.


coin magique de la Vie

Sur certains biefs, il en devient même très critique de circuler en barque. Les bordures souvent inaccessibles rendent cette rivière difficile d'accès. Seuls quelques passages en guise d'abreuvoir à vache permettent d'accoster et de pêcher avec le minimum de confort. Il est fini le temps ou les riverains entretenaient les berges de leurs terrains. Ces anciens qui avaient pour la rivière une estime considérable ne sont maintenant plus là pour l'entretenir. Les nouveaux riverains à 90% du monde agricole ne prennent plus le temps de s'en occuper. Je ne leur jette en aucun cas la pierre, car le rythme de vie a considérablement changé et les centres d'intérêts guidés par le peu de temps qui leur reste sont du même coup différents de leurs pères.

Malgré tout, la rivière devient de plus en plus sauvage et de plus en plus mystérieuse par la même occasion. La pêche n'en reste pas moins plus attrayante. La faune est omniprésente sur le secteur. Attention tout de même aux nombreux ragondins qui ont colonisé de façon massive les bordures du lieu.


Côté pêche, la Vie comprend un cheptel assez bien représenté en carpes suivant les biefs avec des poids variants de 3 à une dizaine de kilos. Ne vous attendez pas à sortir des bœufs, car même si les plus gros sujets doivent approcher les quinze kilos, les sortir de leur habitat si encombré relève de l'exploit. Ici, la pêche prend toute sa dimension dans la sportivité des combats, la faune environnante et la tranquillité des lieux. Malgré une pression de pêche quasi inexistante, la pêche est assez difficile. Une bonne majorité du cheptel est composée de communes longilignes qui circulent sur la longueur du bief. Pour les intercepter, il vaut mieux préparer son coup en avance en amorçant à la graine et incorporer petit à petit les bouillettes.
Sortir un poisson vierge de tout contact humain donne un plaisir immense à qui sait encore l'apprécier. Le dernier tiers, les miroires se retrouvent sur des secteurs bien définis. Les carpes répondent bien aux billes. Attention tout de même aux écrevisses et poissons chats qui dévorent en peu de temps nos appâts.


Comme il n'existe pas de secteur de nuit, la pêche de journée reste évidente. La pêche se fait souvent sur les bordures même si le lit nous a offert quelques départs. N'hésitez pas à pêcher très proche des obstacles si possible. les nénuphars restent aussi un aimant à carpe.
Un corps de ligne en nylon 40% est nécessaire, les bas de lignes en fluro sont à proscrire, la tresse utilisant ici toute ses qualités. Pêcher avec deux cannes courtes suffit amplement et permet surtout d'avoir assez d'accès pour travailler le poisson et l'épuiser. Les départs sont d'une rare violence: pas besoin d'indicateur de touche à revenir car les poissons se réfugient directement vers la berge. Un conseil: rester au cul des cannes, frein fermé, ferrer le poisson dès la touche et bloquer celui ci avant qu'il rejoigne l'obstacle le plus proche.

Nous avons perdu beaucoup de poissons lors des combats: dans cette rivière, en perdre fait partie du jeu, d'ailleurs vous en perdrez plus que vous en sortirez. Mais pour chaque combat gagné, l'admiration et l'estime du perdant est encore plus savoureuse même pour les poissons les plus modestes.



On peut espérer toucher deux trois poissons dans la journée mais les capots sont aussi fréquents sur la Vie. Je me souviens d'une soirée en compagnie de Matthieu où en quatre heures de pêche à peine, nous réussîmes à sortir six poissons sur huit départs avec à la clef une belle commune de 11.5 kg. Mémorable!! Ce jour là d'ailleurs, je perds un poisson qui m'entraîna vers la casse avec une telle violence qu'il est impensable et indiscutable de la présence de beaux sujets sur ce bief.



Avec Matthieu, pêcher la rivière nous permet d'oxygéner notre saison de pêche. La recherche des boeufs est mise de côté et seul le plaisir des combats compte dans cette approche. La Vie n'a rien d'extraordinaire. elle est délaissée comme la plupart de ces voisines de Vendée. La redécouvrir donne une joie immense à ceux qui savent l'apprécier. J'espère vous avoir donné un soupçon d'envie de redécouvrir le joyau qui coule à proximité de chez vous.


perle de la Vie

mercredi 17 septembre 2008

En aparté.

La pêche de la carpe a ce pouvoir de nous transmettre des émotions fortes: elle peut nous emmener dans un sentiment de puissance comme dans le doute ou la frustration la plus complète.

Après une session réussie, une simple pêche peut nous rendre euphorique avec, au fond de nous, la certitude que nous pêchions au plus juste. A ce moment précis, plus rien peut nous arrêter: notre technique, nos appâts ainsi que les spots choisis sont alors, à nos yeux, les meilleurs du plan d'eau. Aussi, l'admiration que peut susciter le regard des néophytes sur le défilé de carpes avantageusement photographiées amplifie notre sentiment de supériorité halieutique.


Aussi une semaine plus tard, nous revenons au même emplacement, en utilisant la même technique afin de concrétiser l'exploit et transformer ainsi "l'extra" en "ordinaire". Et là, ohhh surprise, les détecteurs restent muets. Que s'est il passé? Les appâts étaient pourtant pêchables, le vent en notre faveur, les températures régulières, les hameçons affutés et la pression de pêche plutôt modérée. Après maintes remises en cause, il advient que nous ne contrôlons uniquement que certains paramètres de la pêche. Pourquoi l'euphorie de la semaine dernière n'est pas réitérée? La lune, le Ph de l'eau, le changement de nourriture naturelle? A part certains pêcheurs scientifiques qui trouvent toujours une justification à leurs échecs, moi je n'y arrive pas. Sachez seulement que ces pêcheurs là devraient plutôt anticiper que d'analyser les capots successifs.

Cette année, en Vendée et d'ailleurs sur l'ensemble du grand ouest, la pêche de la carpe se trouve très difficile. Les raisons, je ne les connais pas. Il semblerait qu'il y ait eu trop de pluie en début d'année. Ensuite, a priori, les mois de mai et juin ont été entrecoupés par des chutes de températures, ce qui empêche une fraye réussie de nos cyprins. Les poissons se trouvant avec oeufs et laitances ont l'appétit coupé. Fut suivi un été maussade quand pratiquement aucune journée n'a été épargnée par la pluie; même si la température de l'eau a baissé, les poissons ne se sont pas alimentés plus qu'un été chaud. Encore, la nourriture naturelle a été plus abondante que les autres années; la prolifération des vers de vase en sont l'exemple même. Enfin, pas de bol cette année, nous avons treize lunes dans le calendrier. Au dire des anciens, une année comme celle ci n'est pas fructueuse pour la pêche. Le moral de l'ensemble des pêcheurs est au plus bas et ça se vérifie quant à la désertion des secteurs de nuits très fréquentés habituellement.


La dernière émotion forte que procure la traque de la carpe est la frustration: Nous avons tous vécu ce sentiment en revenant d'une session.
Matthieu et moi n'avons que très peu de temps pour pêcher dans l'année, notre emploi du temps étant déjà très chargé. Il est important pour nous de mettre le maximum de moyens pour réussir ce peu de temps de pêche. Et pourtant, les résultats ne répondent pas toujours à l'engagement et la préparation de la session. A part les incertitudes de la pêche, d'autres facteurs inattendus peuvent jouer sur notre moral:

- Deux jours de roulage de bouillettes puis deux semaines d'amorçage: arrivé sur les lieux, le poste convoité est occupé par des crabes qui avaient remarqué notre manège: colère.

- Autre exemple, nous avons réservé dernièrement un poste pour quatre jours dans un privé. La Vendée ne possédant que très peu de grosses mémères, nous décidons de pêcher un lac du centre de la France. Même si la pêche des gros poissons n'est pas notre quête ultime, en toucher quelques un dans l'année fait du bien. Sur ce lac, un poisson sur trois dépasse les quinze kilos. . La pêche commence et les départs s'enchainent. Au total nous sortiront 15 poissons sans passer une fois la barre des quinze: Une chance sur 54 de tomber sur cette combinaison: frustration.

Aussi, la dernière nuit, deux pêcheurs rejoignent le poste d'à côté, lancent ou la ligne veut bien aller et amorcent copieusement avec un sac de 25kg de bouillettes jaunes type décathlon. Vingt minutes plus tard, ils sortent un poisson de 19 kg devant nos yeux exténués.

Relativisons:
Ces deux dernières émotions, je les ai vécu intensément dans chacun des cas et je suis sûr de les revivre dans les prochaines sessions. Les doutes seront omniprésents. La frustration surviendra et cassera des semaines de préparation. "Tu n'as qu'a en faire moins et tu ne seras pas déçu" me lance ma femme. Elle a raison mais si j'en fais moins alors le doute m'envahira de plus bel. Alors que faire??? la réponse est simple: continuons de rêver: n'est ce pas le rêve de la prise d'un poisson extraordinaire qui nous permet de surmonter les échecs et avancer? Un jour, ce sera mon tour. Et comme le dit si bien la française des jeu: "100% des gagnants ont tenté leur chance"

jeudi 22 mai 2008

Session solo sur un lac de Vendée.

Depuis le mois de Février, je n'ai guère eu le temps de m'adonner à ma passion favorite.

Et pour cause... je viens d'avoir un petit gars.

Clément est né le 20/03/08 : le jour du printemps et surtout... du signe astrologique du poisson!

Si ce n'est pas un signe ça ? Bon, je ne vais pas commencer à lui bourrer le mou mais je vous promet de faire le nécessaire pour lui transmettre ma passion. Pour l'instant, il occupe pas mal de mon temps, et le temps qu'il me reste, je m'organise pour aller au bord de l'eau.



Depuis sa naissance, nous avons fait, avec Matthieu, trois sessions de pêche :
  1. Le deuxième week-end d'Avril, nous avons commencé par une pêche "éclaire" d'une nuit sur le barrage d'Apremont qui s'est soldée par la prise d'une belle commune de 12 kg. Effectivement, 1 poisson, ça peut paraître ridicule mais nos malheureux voisins en étaient déjà à leur cinquième nuit consécutive sans la moindre touche !
  2. Le 18/04/08, nous voilà partis en Bretagne sur le lac de Ploërmel pour une pêche de 72h00. Arrivés sur le poste aux environs de 20h00 ; il pleut et vente avec quelques rafales annoncées à plus de soixante km/h. Rien de dramatique c'est vrai, mais ce n'est pas franchement agréable. Jusqu'au lendemain 20h00, nous n'aurons pas une minute de répit : vent et pluie sans arrêt ! Côté pêche, nous ne sommes pas plus rassurés. La pluie et les températures froides ne doivent pas mettre en bouche nos dames favorites. Effectivement, nous n'en verrons pas une seule du week-end. Les seuls départs que nous ayons eu furent le seul travail de "Germain le ragondin" qui coupa net quatre lignes . A noter : nous pêchions à près de 250 m et les fils venaient tout juste d'être changés... Imaginez les dégâts et la frustration !
  3. Fin avril, nous opérons sur une pêche de soirée sur le barrage de Moulin Papon. Comme le lac n'est pas à plus de 10 min de mon travail, j'ai amorcé la veille les postes concernés. En quatre heures de pêche seulement, nous réalisons 5 départs, dont trois poissons qui arriveront jusque dans l'épuisette. D'ailleurs, vous ne verrez pas la photo du plus gros poisson, à savoir une commune de 12 kg qui nous a, littéralement, "abandonné" en s'enfuyant du tapis de réception lors de la séance photo ! Nous ne sommes pas fiers...
Et voila, nous arrivons maintenant dans la période de mes congés paternité. Quelle belle évolution pour nous, pères pêcheurs, qui pouvons profiter de pêcher tranquillement alors que tous les autres bossent! Bien sûr, comme se plait à me le rappeler ma petite femme, ce n'est évidemment pas là, la fonction première de ce congé mais n'empêche que... ça aide !!

Avec le week-end de la pentecôte, synonyme aussi d'ouverture de la pêche du carnassier en Vendée, je décide de pêcher un plan d'eau public assez sauvage que très peu de carpistes fréquentent.

D'une large superficie, je décide de pêcher en queue du lac car les carpes sont en plein fraye. Je sais que cette eau est difficile à pêcher habituellement et vue la période, ce n'est pas gagné. De plus, un passage furtif sur un lac de barrage voisin m'annonce un capot de cinq nuits alors que le poste est bon durant cette période. Pour la première nuit, Matthieu a réussi à m'accompagner alors qu'il se rend à un séminaire à Lyon le lendemain midi.



Nous arrivons sur le poste vers 12h00. Les cannes sont rapidement posées et à 16h00, nous sommes fin prêts. Il fait un temps orageux qui perdurera pendant les deux autres prochains jours. L'eau est très chaude, aux alentours des 22°C en surface. Des brèmes et gardons sont en train de frayer dans les herbiers et me rassurent dans le choix du poste. Nous pêchons principalement les bordures de la berge d'en face et la proximité d'arbres immergés. Grâce à la morphologie du poste, nous pouvons occuper près de 250 m de largeur sans gêner les autres pêcheurs du lac.

20h00 départ timide sur une canne placée à 2.5 m de profondeur à l'entrée d'une anse. C'est à mon tour de ferrer. L'utilisation du bateau n'est pas possible et je n'hésite pas une seconde à aller dans l'eau pour combattre le poisson. C'est une belle miroire de 10 kg qui rentre dans l'épuisette.
Heureux et confiants pour la suite de la session, le reste de notre soirée sera néanmoins très calme.


Le matin, Matthieu est obligé de partir très tôt pour ne pas rater son avion. A peine cinq minutes que je suis seul, qu'un départ retentit sur une ligne de bordure. Un beau petit mâle de 6 kg me réalise un beau combat. A peine glissé dans l'épuisette qu'un détecteur hurle sur la berge. Merde!!!! Je relâche immédiatement mon ôte et rejoins en catastrophe la berge. J'empoigne la canne. La carpe est souchée dans un arbre immergé. après quelque secondes de patience, celle ci arrive enfin à se libérer et c'est un petit mâle commune de 4.5 kg. Je n'ai pas le temps de replacer les lignes qu'un troisième départ me renvoie au dessus de l'eau. Malheureusement, je serai contraint de casser la ligne car je n'arriverai pas à la sortir des souches. Trois départs en une demi heure je suis satisfait même si c'est du petit poisson.
Le reste de la matinée sera chaude et ensoleillée mais sans poissons. Pendant le repas de midi, je ferai une rencontre peu ordinaire avec une martre qui passera devant moi à moins de deux
mètres. Il est très rare d'en apercevoir en pleine journée. Quelle chance!
La soirée s'annonce et l'activité reprend au bord de l'eau. Le poisson blanc continue de frayer, et les grenouilles accompagnées de canards colverts orchestrent une symphonie non mélodieuse. Vers 20h15, je sors une petite commune de 6 kg qui confirme les passages à heures régulières des poissons sur le poste.


A 2h00 du matin, un départ se produit sur la ligne à l'entrée de l'anse. Le poisson a l'air plus lourd que les premiers et c'est avec un taux d'adrénaline important que je combat le poisson du bateau. Au bout de quinze minutes de combats tout en puissance, la carpe se rend et rentre dans l'épuisette. Une belle miroire se dessine au fond de filet. Le peson indiquera 14 kg pour cette combattante que n'avait pas fini de frayer.

"Travailler un poisson en bateau la nuit permet de diminuer le taux de perte de poisson si quelques règles sont respectées. Il faut pour chaque canne définir un passage du bateau sans conséquence sur les autres lignes en place mais surtout d' assimiler la zone de combat: pour cela il faut connaitre par cœur la distance du poste, le passage du bateau pour atteindre cette zone, et discerner les différents pièges (souche rochers arbre immergés, herbiers...) Il faut aussi se rappeler de la position des autres lignes qui sont souvent facteurs de décrochage ou de fils enmellés dans l'hélice. Aussi, nous mettons pratiquement des back leads sur toutes les cannes. Comme nous ne pêchons que rarement des postes très accessibles, nous plaçons une lampe en face de l'amarrage du bateau. Nous n'avons rien inventé mais le fait de respecter ces règles nous a permis maintes fois d'échapper à la frustration."


Au petit matin vers 8h00, à l'heure tant attendu du premier passage de la journée, une belle petite boule miroire de 7.5 kg pointe timidement sa nageoire avec une touche à revenir. Elle égalise parfaitement le nombre de départ entre les deux sortes de bouillettes avec las quelles je pêche: mixe amélioré de la marque Mainline pour une et Big Carp pour la deuxième.


Après une matinée chaude et pluvieuse, la fin de l'après midi sera plus ensoleillé mais l'activité dans les herbiers a disparu. La nuit sera beaucoup plus calme que les deux précédentes. Pas de grenouilles, de canards, de chants d'oiseaux! Même les insectes ont désertés mon abri qu'ils occupaient depuis deux jours. Le plan d'eau est calme, très calme même trop calme. Pourtant vers 5h00 du matin, le bruit d'un détecteur réussi à me sortir du sommeil profond pour une mini carpe de 3kg. Ce plan d'eau est pourtant bien peuplée en beaux poissons mais ce seront les plus modestes qui sauveront la pêche.
Je ferai encore deux autres départs dans le début de matinée avec à la clef deux casses dans des grosses branches immergées.


Avec dix départs et sept poissons à l'arrivée dont un joli de 14kg, cette session m'aura offert ce que je venais chercher: des paysages magnifiques, une faune sauvage et une montée d'adrénaline sur un poisson même si modeste soit-il qui m'a livré un combat digne de sa grande sœur. La session terminée, j'ai hâte de retrouver ma femme et mon fils qui sans le savoir vient déjà de m'offrir un beau cadeau: les congés paternités.